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Infection urinaire

Publié le , 9 min de lecture
Illustration - Nabla
Marie-Laure Bry
Médecin généraliste
Illustration - Nabla
Mariama Bah
Médecin urgentiste

Rien de plus désagréable qu’une infection urinaire ou une cystite. Une envie pressante permanente, des brûlures en urinant, des douleurs au bas du ventre... Même si l’infection urinaire n’est pas grave en soi, elle est très gênante au quotidien. Les médecins généralistes Dr Mariama Bah et Dr Marie-Laure Bry vous livrent tout ce qu’il faut savoir pour prévenir et soigner l’infection urinaire sans tomber dans le piège des “faux traitements miracles” qui sévissent tant sur internet.

Une infection urinaire, c’est quoi ?

On parle d’infection urinaire lorsqu’une ou plusieurs parties du système urinaire sont infectées. Jusqu’ici, rien de compliqué. Malheureusement, il existe plusieurs types d’infections et c’est là que tout se complexifie. En fonction de la partie du système urinaire concernée, les caractéristiques et le traitement de l’infection diffèrent. Nous vous expliquons tout cela dans l’article !

Infection urinaire, qui est concerné ?

L’infection urinaire est tellement fréquente plus d’une femme sur deux en connaîtra au moins une dans sa vie. Le pic d’infections urinaires arrive notamment à deux moments - au début de la vie sexuelle et après la ménopause.

Les différents types d’infections urinaires

Première étape pour soigner l’infection urinaire - comprendre de quelle infection il s’agit. On peut y arriver de plusieurs façons :

  • Suite à un examen clinique réalisé directement au cabinet médical avec une bandelette urinaire. Cet examen peut également être réalisé à domicile, mais attention : même lorsque le résultat sur la bandelette urinaire est négatif chez la femme, il est conseillé de faire un autre diagnostique.
  • En réalisant des tests complets au laboratoire (plus rare, surtout pour les femmes de moins de 65 ans)
Infection basse / cystite (uniquement chez la femme) Infection haute / pyelonephrite Urétrite infectieuse
Partie du système urinaire concernée Inflammation de la vessie. Inflammation du rein et du bassinet (la cavité du rein qui collecte les urines). Inflammation de l’urètre (canal par lequel l’urine s’évacue).
Causes Prolifération de bactéries (des bacétries intestinales de type Escherichia col i, proteus mirabilis, etc). Présentes près de l’anus, elles remontent jusqu’à la vessie en passant par l’uretère. Infection bactérienne pouvant résulter d’une cystite mal traitée (les bactéries de la vessie remontent vers les reins et y prolifèrent) ou d’une malformation urinaire. Chez les hommes : c’est souvent une IST qui peut causer une infection de la prostate. Chez les femmes : la présence d’agents infectieux.
Symptômes Douleurs ou sensations de brûlure au moment d’uriner. Pas de fièvre ou fièvre modérée (inférieur à 38,5° C) Douleurs ou sensations de brûlure au moment d’uriner. Fièvre supérieure à 38,5° C et des frissons (surtout au niveau d’une fosse lombaire - ces fameuses côtes dans le dos) Douleurs ou sensations de brûlure au moment d’uriner.
A retenir Forme la plus courante d’infection urinaire. Touche principalement les femmes. Ne s’accompagne jamais de fièvre. Très fréquente chez la femme / la femme enceinte / les enfants. Peut intervenir en cas de cystite mal traitée. Elle accompagne toujours la cystite.

Pour simplifier encore les choses, vous pouvez retenir que :

  • Si vous avez de la fièvre, vous souffrez d’une pyélonéphrite, pas d’une cystite.
  • Il faut bien distinguer l’infection urinaire simple de l’infection urinaire à risque de complication avec plus ou moins de signes de gravité.
  • Une cystite mal traitée peut évoluer en pyélonéphrite : voici nos conseils pour les éviter ces complications !

Les symptômes de l’infection urinaire

Pour une femme

  • Vous ressentez des douleurs ou sensations de brûlure lorsque vous urinez.
  • Vous avez fréquemment envie d’uriner et il est parfois difficile de vous retenir.
  • Vous urinez souvent, mais quelques gouttes seulement
  • Vous ressentez une douleur en bas du ventre.
  • Vous remarquez une odeur inhabituelle ou du sang dans vos urines (cela s’appelle l’hématurie et arrive dans 30% des cas).

Si vous êtes dans cette situation, ne vous inquiétez surtout pas. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’hématurie n’est absolument pas un signe de gravité ! Les symptômes de la pyélonéphrite sont les mêmes que ceux de la cystite, mais ils s’accompagnent de fièvre, frissons et de douleur lombaire. Vous pouvez donc vous rappeler un principe simple : si vous avez de la fièvre, vous ne souffrez pas d’une cystite !

Pour un homme

Les infections urinaires chez l’homme sont rares et associées dans 80% des cas à une infection de la prostate, appelée prostatite.

  • Si vous ressentez les symptômes de cystite (brûlures en urinant, mictions fréquentes, pesanteur pelvienne..) associés à de la fièvre, frissons et douleurs urétrales, péniennes ou rectales, vous souffrez probablement d’une prostatite. Le diagnostic est clinique et confirmé par un examen cytobactériologique des urines et une échographie des voies urinaires.
  • Si vous ressentez également des douleurs aux testicules accompagnées de fièvre peu intense, et même si les tests ont révélé une faible présence de bactéries dans vos urines, vous avez peut-être une inflammation du testicule que l’on nomme orchi-épididymite. Votre médecin, dans ce cas, saura vous conseiller le traitement adapté.

Qu’est-ce qui cause une infection urinaire ?

Plusieurs facteurs de risques peuvent favoriser une infection urinaire. Les connaître, c’est aussi pouvoir les éviter !

Pour une femme

L’infection urinaire est plus fréquente chez la femme que chez l’homme, tout simplement parce que l’urètre de la femme est plus court. Eh oui, la nature est injuste ! Mais l’infection urinaire peut avoir d’autres causes :

  • La constipation (car les bactéries restent plus longtemps dans le rectum)
  • Une mauvaise hygiène (s’essuyer de l’arrière vers le devant peut conduire les bactéries intestinales présentes autour de l’anus à se développer ailleurs)
  • Les rapports sexuels (d’où l’importance d’uriner après les rapports sexuels et de bien s’essuyer d’avant en arrière)
  • La ménopause (elle vous rend plus sensible à des infections vaginales bactériennes, et la baisse de votre taux d’oestrogène peut favoriser les infections urinaires).
  • La grossesse (elle vous soumet à des changements hormonaux, et votre bébé exerce une pression sur votre système urinaire)

Pour un homme

  • Des troubles de la prostate
  • La présence de germes liés à une IST (infection sexuellement transmissible)
  • La présence de germes intestinaux

Pour toutes et tous

Que vous soyez un homme ou une femme, le fait de vous hydrater trop peu et d’avoir un rapport sexuel anal vous rend plus susceptible de connaître une infection urinaire. Et si vous êtes diabétique, sachez que le taux élevé de sucre dans votre urine favorise le développement des bactéries.

Il faut aussi être attentif si vous souffrez d’une insuffisance rénale sévère (sur vos bilans sanguins, elle se remarque par une clairance de la créatinine < 30 ml/min), d’une immunodépression grave, ou simplement si vous avez plus de 75 ans.

Causes de la cystite -  infection urinaire

Comment prévenir une infection urinaire ?

  • S’hydrater régulièrement (petit rappel : un adulte devrait boire au moins 1,5 à 2 litres d’eau par jour !)
  • Uriner après chaque rapport sexuel.
  • Éviter de se retenir d’uriner et chercher, dans la mesure du possible, à éviter la constipation (le but : éviter que les bactéries stagnent dans votre rectum et puissent se développer). Pour cela, vous pouvez lire notre article sur la constipation.
  • Pour les femmes, avoir une hygiène correcte et s’essuyer toujours de bas en haut, pour éviter que les bactéries présentes autour de l’anus prolifèrent près de votre système urinaire. Autre précaution à prendre : ne pas garder trop longtemps serviettes et tampons au moment des règles : ce sont des lieux propices à la prolifération des bactéries.
  • Essayer de changer de méthode contraceptive : les spermicides et les diaphragmes sont connus pour favoriser l’apparition d’infections urinaires.

Comment soigner une infection urinaire ?

L’infection urinaire peut se soigner très rapidement ! Il suffit de suivre pour cela les recommandations médicales et éviter de recourir aux prétendus remèdes miracles. Il faut bien garder à l’esprit que 25 à 40% de cystites guérissent toutes seules avec le temps ! Petit best-off de remèdes miracles qui sévissent sur la toile :

  • Les bourgeons d’airelle
  • Le cataplasme d’argile verte
  • Fleurs de Bach Chicory et Holly
  • Mix de plantes en tisane

Soigner l’infection urinaire

  • Pour soigner la cystite, votre médecin vous proposera un traitement par antibiotique (antibiothérapie). Pour des cystites simples, une seule prise d’antibiotique est suffisante dans la majorité des cas.
  • Si vous êtes ménopausée, votre gynécologue pourra éventuellement vous proposer un traitement à base d’oestrogènes.


Si votre praticien estime que votre cystite est susceptible de causer des complications, il vous proposera de réaliser un ECBU, un examen cytobactériologique des urines qui se fait en laboratoire avec éventuellement un bilan sanguin.

Peut-on traiter l’infection urinaire sans ordonnance ?

La canneberge n’est pas un remède miracle

Sur Internet, beaucoup d’articles conseillent la consommation de cranberry, ou canneberge, pour traiter la cystite. Un traitement agréable, peu cher et accessible sans ordonnance… plutôt tentant non ? Le problème, c’est que ce traitement ne fonctionne pas toujours. Si vous vous contentez de boire du jus de cranberry sans consulter un médecin et sans prendre d’antibiotiques, vous prenez le risque de voir votre cystite évoluer en pyélonéphrite.

Vous a t-on menti ? Non : si vous avez tendance à faire des cystites à répétition, la canneberge peut en effet être efficace pour prévenir les récidives. En revanche, ce n’est pas un traitement curatif de la cystite. Bref, la canneberge pour prévenir oui, mais pas pour guérir.

Anti-inflammatoires : attention au piège !

Une autre solution envisagée est la prise d’anti-inflammatoires contre la douleur. Mais soyez prudents : les anti-inflammatoires peuvent aggraver les infections bactériennes et sont fortement déconseillés !

Bref, vous l’aurez compris, le meilleur moyen de traiter la cystite reste d’avoir une ordonnance.

Que faire en cas d’infections urinaires répétées ?

On parle d’infections urinaires récidivantes lorsqu’il y a la survenue d’au moins quatre épisodes de cystites dans les 12 derniers mois. Il existe un réel impact sur la qualité de vie.

Facteurs de risque :

Femme jeune Femme ménopausée
Fréquence des rapports sexuels Incontinence urinaire
Utilisation des spermicides Prolapsus vésical
Cystite avant 15 ans Déficit en œstrogènes
Antécédent de cystite chez la mère Résidus post-mictionnels

On retrouve le plus souvent la même bactérie (E.Coli), avec un profil antibiogramme différent (résistance à certains antibiotiques).

Les examens complémentaires comme le bilan urodynamique, uroscanner et cystoscopie, sont réservés aux formes avec facteurs de risque ou certaines formes compliquées.

Traitements :

  • Le traitement prophylactique repose sur les mesures hygiéno-diététiques citées plus haut, la prise de 36 mg/jour de Canneberge, l’arrêt de l’utilisation des spermicides et les oestrogènes par voie locale chez les femmes ménopausées.
  • Un traitement par immunothérapie sub-linguale est prometteur mais pas encore disponible en France.
  • Le traitement curatif des cystites à répétition repose sur l’éducation de la patiente pour réaliser la BU à domicile, avec traitement minute en automédication en cas de BU positive. Réévaluation au moins deux fois par an.
  • En cas d’infection urinaire post-coïtale, avec plus d’un épisode par mois, la prise d’un traitement minute avant ou après le rapport sexuel est recommandé. Dans les autres cas, un traitement antibiotique d’au moins 6 mois est à envisager.

N’hésitez surtout pas à en parler à un médecin si vous avez n’importe quelle question sur les infections urinaires. Il saura vous aider à vous sentir mieux ! En attendant, vous pouvez consulter d’autres articles sur le blog, notamment celui sur l’équilibre alimentaire.

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