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La résilience

Publié le , 11 min de lecture
Illustration - Nabla
Maba Diarra
Psychologue-Psychothérapeute TCCE

Article inspiré des travaux de Joran Farnier.

La vie nous amène à vivre des expériences heureuses, mais aussi des expériences douloureuses (perte, rupture, déception…). S’il nous est souvent difficile de réagir directement à ces événements, nous pouvons néanmoins influer sur leurs conséquences et les comportements que nous privilégierons. Face à une même situation difficile, il existe en effet plusieurs réactions possibles qui vont nous différencier et nous rendre inégaux dans l’identification d’une solution appropriée. La résilience va ainsi correspondre au chemin que nous choisirons d’emprunter, en explorant toutes nos ressources et nos marges de manœuvre, afin d’apporter une réponse adaptée aux événements aversifs, stressants ou menaçants. Un concept assez proche dit de « croissance post-traumatique », proposé par Calhoun & Tedeschi (1999), décrit des « changements psychologiques positifs expérimentés suite à la confrontation à un événement traumatique ou à une crise de vie majeure ». Cette croissance post traumatique ne doit pas être considérée au détriment de la place réservée à la détresse. Protéiforme, la résilience va donc correspondre à des visages, des temporalités et des comportements très différents.

Qu'est-ce qu'une personne résiliente ?

Un exemple bien connu est la prise de conscience d’un homme politique qui, suite à une crise cardiaque, réalise que le temps est court et la vie précieuse. Ce constat l’a incité à se recentrer sur ses priorités et sur l’essentiel, notamment passer du temps avec sa famille. La résilience est donc intimement liée à notre trajectoire de vie. Pourtant, la plupart des études sur la résilience commençaient à suivre la personne à partir de l’événement potentiellement traumatique, ce qui ne permettait pas de savoir comment la personne allait avant l’événement et quels étaient ses ressources ou facteurs de risque. Afin de mieux explorer la trajectoire de résilience, les chercheurs ont donc mis en place des études longitudinales en suivant les personnes bien avant l’événement difficile. Une étude nous apporte un graphique assez simpliste permettant de se représenter facilement les différentes réactions possibles :

En réalité, les choses sont plus complexes, car il ne faut pas lire sur ce tableau le fait d’échouer ou de réussir sa résilience : il s’agit plutôt de composer avec ce qui est présent autour de nous et de mobiliser ses ressources pour se réinventer… Il y a un désespoir créatif réel dans les épreuves à surmonter.

Les facteurs de résilience

On constate que les facteurs de risques (dépression, anxiété, affects négatifs, stress perçu…) peuvent influencer sur la résilience, mais qu’ils sont moins importants que les facteurs protecteurs (auto-efficacité, gestion des émotions, affects positifs, estime de soi, satisfaction de vie, optimisme et soutien social).

A cet effet, le facteur le plus relié à la résilience serait l’auto-efficacité, c’est-à-dire la capacité à faire face au changement et d’avoir un répertoire de compétences utiles telle que la capacité de résolution de problèmes.

Résilience et ressources

Une approche spécifique centrée sur les ressources de l’individu, consiste à explorer ce qui fonctionne chez une personne, plutôt que s’attacher à ses problèmes et déficits. Cela permet d’agir sur plusieurs facteurs de résilience en même temps comme l’optimisme, les affects positifs, le sentiment d’auto-efficacité ou les stratégies de “coping” adaptatives.

Exemple de questions résilientes pour envisager ce qui fonctionne pour s’adapter :

« Qu’est-ce qui vous permet de tenir malgré tout ? »

« A quel moment, cela a été le plus difficile ? Qu’est-ce qui vous a permis de dépasser ce moment ? »

« Par le passé, avez-vous déjà traversé des moments difficiles que vous avez pu dépasser ? Qu’est-ce qui vous a permis de les dépasser ? Qu’est-ce que cela dit de vos ressources et de vos compétences ? »

Il est possible de poser les questions de résilience au passé (comment elle a fait pour s’adapter) au présent (comment elle fait en ce moment) et au futur (qu’est ce qui l’aidera à tenir).

Résilience et parcours de vie

S’arrêter pour poser des questions d’adaptation et de résilience permet aussi d’ajouter de la surprise ou de la curiosité sur les capacités des patients qui ont vécu des phases de vie difficiles. Cela contribuera à passer d’un sentiment que l’adaptation « va de soi », à la perception que cela a nécessité un effort constant et répété. Avec du recul, on prend en compte les forces qu’on a su trouver dans le passé et on saura, à l’avenir, les réemployer. Pour tenir, des ressources auront été présentes et mobilisées, c’est donc un entraînement !

Exemple d’un cas clinique :

Une personne de 30 ans, victime de harcèlement et de brimades répétées à l’école, a gardé de profondes blessures de son estime corporelle et psychologique, avec une tendance à être très critique envers elle-même. Après avoir pris le temps d’explorer les moyens qui lui avaient permis de « tenir », elle précise qu’elle avait fini par se créer son propre univers dans lequel elle était bien et où elle trouvait toute sa place. En s’immergeant dans les mangas et la musique, elle s’était construit un personnage imaginaire, une version améliorée d’elle-même qui l’avait aidée durant toutes ces années. Quand la réalité est insupportable et qu’on ne peut s’en dégager, se créer une réalité alternative est parfois la seule manière de survivre…. Après lui avoir demandé ce que cela disait d’elle, elle répondit qu’elle devenait à travers ce personnage une personne créative, combative et endurante. En mentionnant que ces stratégies passées étaient nécessaires pour elle mais que le contexte actuel n’était plus le même, il restait à savoir comment ces ressources insoupçonnées pourraient dorénavant lui servir dans son environnement présent.

Résilience face à la perte d’un être cher

Perdre une personne très proche est une des expériences les plus douloureuses et stressantes au cours d’une vie.

Exemple d’une étude :

George Bonanno et ses confrères (2002) ont suivi 205 personnes plusieurs années avant la perte de leur épouse, puis 6 et 18 mois après.

Ils ont identifié 5 trajectoires possibles :

  • La résilience : absence d’apparition de symptomatologie dépressive
  • Le deuil commun : apparition d’une symptomatologie dépressive puis d’une récupération.
  • La dépression chronique : les individus déjà dépressifs avant la perte de l’épouse le sont encore après. Ils avaient une vision peu positive de leur mariage, une instabilité émotionnelle, une faible confiance dans leur manière de faire face aux situations stressantes et pensaient que les événements négatifs étaient incontrôlables.
  • Le deuil chronique : des individus qui allaient bien avant ont développé un deuil chronique suite à la perte de l’épouse. Il a été associé à une dépendance préalable à son épouse et à un soutien matériel faible.
  • La dépression améliorée : de manière surprenante, des personnes qui souffraient avant de dépression, se sont rétablies à la suite du deuil. Ces personnes étaient négatives et ambivalentes à propos de leur mariage. Elles avaient le plus souvent une épouse malade physiquement et très peu de soutien matériel. Enfin, elles étaient émotionnellement très instables et pensaient que le monde était injuste vis-à-vis d’elles.

La résilience sera néanmoins la réponse la plus fréquente et les 3 trajectoires positives (résilience, récupération et rétablissement de la dépression) concernent plus de 76% des participants face à la perte de leur épouse.

Enfin, l’étude indique que certains facteurs prédisent l’adoption d’une trajectoire de résilience avant le décès de l’épouse. En effet, la résilience est associée à une vision du monde qui permet l’intégration de l’événement dramatique. Les personnes résilientes ont souvent une acceptation de la mort, une croyance en un monde juste et elles ont ainsi un moindre sentiment d’injustice personnelle ou d’événements négatifs incontrôlables.

La résilience familiale

Elle correspond aux ressources qui permettent à la famille de faire face et de s’adapter aux changements, aux événements difficiles et menaçants.

Un article de Black & Lobo (2008) s’intéresse à la résilience familiale. Ils déplacent la dimension de l’individu vers le système dans lequel il est en interaction : la dynamique familiale. Cette approche est centrée sur les ressources plutôt que sur les déficits et permet de s’appuyer sur ce qui marche déjà en faisant alliance avec la famille pour amplifier les facteurs de résilience.

Ils identifient que la résilience familiale s’appuie sur dix facteurs :

  • Une vision positive : optimisme, confiance, partage des émotions agréables, humour…
  • La spiritualité : valeurs partagées qui permettent de donner un sens aux événements aversifs
  • La cohésion familiale : proximité, respect, amour, prendre soin et avoir de la considération pour les uns et les autres, avec une présence parentale à la fois structurante et chaleureuse
  • La flexibilité : la capacité de se réorganiser face à l’adversité, le fait que chacun se sente appartenir à la famille tout en ayant une identité propre
  • La communication familiale : clarté, communication émotionnelle ouverte, stratégie collaborative de résolution de problème
  • La gestion financière : une bonne gestion financière et le maintien d’une proximité relationnelle malgré les difficultés financières
  • Le temps de famille : un temps de présence et de qualité passé en famille contribue à construire la continuité et la stabilité familiale.
  • Les loisirs partagés : s’amuser en famille autour d’activités et de loisirs contribue à nourrir le bien-être et facilite le développement des compétences sociales et cognitives
  • Les routines et rituels : activités régulières qui maintiennent une proximité familiale, même en période de crise et qui construisent un sentiment de sécurité et de prévisibilité.
  • Un réseau soutenant : le soutien et les échanges de ressources que la famille peut avoir avec l’extérieur (ouverture aux autres, soutien)

Les autres événements traumatiques

Une méta-analyse (Galatzer-Levy & al., 2018) reprend 64 études de type trajectoire de vie face aux événements potentiellement traumatisants (accidents, perte d’emploi, militaires en opération, policiers ayant fait face à des événements stressants…).

La conclusion est la même : la réponse dominante est toujours la résilience (65,7%). Loin derrière une réponse de récupération (20,8%), de difficultés chroniques (10,6%) et enfin une apparition différée des difficultés (8,9%).

Agir sur les facteurs de résilience

Facteur de résilience Actions à mener
Satisfaction de vie Repérer les valeurs de la personne et les activités qui la rendent heureuse. Développer l’optimisme et les émotions positives. Permettre à la personne de se rapprocher de son idéal de vie en agissant ou en diminuant les attentes.
Affects positifs S’engager dans des activités agréables. Savourer les moments agréables (pleine conscience.). Apprendre à orienter notre attention vers les moments importants et plaisants du passé, présent et futur.
Auto-efficacité Explorer les ressources de la personne. Les moments où elle a su s’adapter et faire face dans sa vie ainsi que les stratégies de coping qu’elle a su mettre en œuvre
Soutien social Apporter un espace sécurisant pour la personne. L’inviter à garder des liens sociaux avec ses proches, à s’ouvrir émotionnellement aux personnes ressources et à rencontrer de nouvelles personnes.
Estime de soi et Auto-compassion Développer une relation bienveillante à soi-même. Sortir de l’auto-critique et des ruminations disqualifiantes sur soi-même pour faire équipe avec soi.
Optimisme Stratégie de réattribution causale : changer la manière dont les personnes interprètent les échecs et réussites. Faire imaginer un futur satisfaisant et repérer les petits pas pour y parvenir
Style de coping flexible et adaptatif Repérer les stratégies utiles et adaptées au contexte de la personne. Promouvoir une réaction active centrée solution, gestion des émotions ou de soutien social.
Gratitude Tenir un journal de gratitude. Prendre le temps de se rappeler des personnes qui ont fait une différence dans notre vie et leur exprimer notre reconnaissance si cela est possible. Écrire une lettre de gratitude à une personne clef dans notre vie.

Comment faire preuve de résilience ?

Face au traumatisme ou aux expériences de vie non digérées, plusieurs dimensions de vie peuvent évoluer positivement en intégrant :

  • Le développement de nouvelles ressources personnelles
  • Une ouverture à de nouvelles possibilités : s’autoriser à emprunter un autre chemin pour une vie plus riche de sens
  • Un réinvestissement des relations précieuses ou une ouverture à de nouvelles relations
  • Un retour à ce qui est essentiel, prioritaire en faisant place à ses valeurs et à une dimension spirituelle (religieuse ou non): il faut souvent trouver un ancrage pour surmonter l’adversité
  • Une reconnexion avec la valeur et l’appréciation de la vie

En définitive, une personne n’est jamais sans espoir, ce sont les stratégies utilisées qui sont sans espoir. Effectivement, nous ne choisissons pas toujours nos événements de vie, mais nous pouvons choisir nos réactions, c’est ce qu’on appelle les stratégies de « coping » ou stratégies d’adaptation (Lazarus & Folkman, 1984).

Pour simplifier, nous avons deux grands leviers face aux événements stressants et douloureux :

  • Un levier comportemental : il est nécessaire d’agir pour changer la situation, obtenir du soutien ou s’engager dans des activités protectrices. (agir, résoudre les problèmes, persévérer, chercher des informations et des solutions, obtenir du soutien social, chercher des conseils, maintenir des activités agréables, faire du sport, garder une bonne hygiène de sommeil…)
  • Un levier mental : il s’agit de changer la perception et la relation que nous avons à la situation en influençant nos croyances, nos exigences, nos règles mentales, nos émotions. (optimisme, acceptation, gratitude, auto-compassion, émotions positives, auto-efficacité, diminution de ses exigences, révision de ses croyances et règles mentales, changement de son approche attentionnelle…). Comme le disait Epictète, ce ne sont pas les événements qui troublent les hommes mais l’idée qu’ils s’en font. Ainsi, on peut essayer de modifier son rapport aux événements douloureux.

Une étude de Krause (2009) sur plus de 800 personnes indique que la gratitude est un facteur protecteur contre la dépression, lorsqu’une personne peut avoir des difficultés financières temporaires. De même, l’auto-compassion est un facteur protecteur contre la dépression lorsqu’un élève est dans une situation d’épuisement scolaire. Ces résultats sont issus d’une étude en Corée sur 350 étudiants. (Kyeong, 2013).

Une autre étude de King & Miner (2000) sur 118 participants indique qu’écrire à propos d’un événement potentiellement traumatisant ou à propos des bénéfices perçus, permet de réduire le nombre de visites chez le médecin. Elle corrobore les recherches de Pennebaker sur les effets positifs de l’écriture émotionnelle.

Enfin, une étude de Bonanno et ses confrères (2012) sur 233 personnes ayant eu une lésion de la moelle épinière indique que la réponse dominante est une réponse de résilience. Les personnes les plus résilientes ont aussi tendance à percevoir les éléments stresseurs comme des challenges plus que des menaces et utilisent des stratégies de coping d’acceptation et d’adaptation, sans chercher à se résigner (trouver des astuces pour rendre la vie plus facile suite à la lésion) et moins de comportements d’évitement.

Si le malheur n’est jamais une destinée, les moyens d’en sortir et notre capacité à rebondir s’inscriront dans le temps grâce à un processus psychologique de reconstruction. Ce mécanisme nous permettra d’abord d’intégrer l’événement, puis de passer plusieurs étapes émotionnelles avant d’entamer un processus de résilience. Plus qu’un trait spécifique de caractère, la résilience correspond principalement à la compréhension de notre environnement, de nos interactions sociales et de notre aptitude à réguler nos émotions.

La capacité de résilience ne s’apprend pas, elle s’apprivoise.

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