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Vaccination contre la Covid

Publié le , 10 min de lecture
Illustration - Nabla
Dr Véronique Cayol
Gynécologue-obstétricienne

À quoi ressemble une lueur d’espoir ? Les spécialistes vous répondront que, depuis la nuit des temps, jamais l’espoir ne s’est émancipé de l’idée de miracle, jamais l’éclaircie n’a cessé de nécessiter l’aubaine ; depuis quelques mois, pourtant, les espoirs d’un monde entier demeuré sous cloche, en suspens, résident en un petit flacon contenant le précieux sésame qu’est le vaccin anti-Covid 19. Aussi convient-il d’en savoir davantage sur les enjeux que la campagne de vaccination recouvre.

Quels sont les vaccins contre la Covid ?

Si l’on a coutume d’apposer aux vaccins la définition consensuelle d’un alliage de substances capable de maximiser la production de défenses immunitaires, notamment d’anticorps et de lymphocytes mémoire, il en existe, dans la classification qu’en font traditionnellement les scientifiques, deux types.

Le premier est dit “classique” et englobe, d’une part, les vaccins vivants atténués, tels que les vaccins anti-rougeole ou varicelle, constitués de virus dont le pouvoir infectieux a été annihilé par modification préalable, de l’autre, les vaccins inactivés constitués de fragments de bactérie ou virus, qui nécessitent, à l’image des vaccins contre la grippe ou la rage, la présence d’un adjuvant voué à exacerber la réponse immunitaire.

Le second type de vaccin est dit “moderne”. Il inclut tout d’abord des vaccins dits recombinants produits par génie génétique. Généralement composée d’anatoxine, de polyoside ou d’autres protéine, cette technologie permet ainsi respectivement d’endiguer les éventuelles contaminations à la coqueluche, pour le premier, à la typhoïde, pour le deuxième, ou à l’hépatite B, pour le troisième. Les vaccins “modernes” se déclinent aussi en des vaccins à vecteurs viraux, qui tiennent en l’insertion du génome du pathogène au sein d'un vecteur viral inoffensif pour l'humain, et ce quelque soit sa propension à la duplication. Enfin, ils prennent la forme de vaccins à acides nucléiques ADN et ARN messager (ARNm). Leur efficacité réside en leur contenance en instructions génétiques destinées à faire produire au corps une protéine particulière, plutôt que de la contenir intrinsèquement et de la libérer une fois diffusé. Cette protéine, le système immunitaire va y réagir, par la production d’anticorps et de lymphocytes T. Les craintes qu’une telle vaccination, dénuée d’adjuvant, ait des conséquences sur notre génome demeurent infondées: l'ARNm n’est pas absolument pas moyen de pénétrer, d’une manière ou d’une autre, dans les noyaux.

La crise sanitaire a, il n’est pas risqué de le dire, grandement bouleversé cette configuration. Plus de 200 vaccins ont effectivement été élaborés en un laps de temps record, et rarement les prouesses scientifiques n’ont été perceptibles avec une telle acuité. Jamais un vaccin élaboré à partir de l’ARN messager n’avait ainsi satisfait aux exigences au-delà de la première phase de validation, c'est-à-dire au-delà de la première administration chez l’humain. Il convient ensuite, si l’on s’en fie rigoureusement aux quatres étapes de validation établies de longue date par les autorités sanitaires, de procéder à des études de doses, d’étendre les essais sur un pan davantage substantiel de la population, après quoi il est possible d’obtenir une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM), puis, enfin, de procéder à un suivi de pharmacovigilance s’inscrivant sur un temps long. Bien que la nécessité circonstancielle des vaccins développés contre le Covid-19 ait impliquée la compression du processus, la rigueur est donc de mise.

Il convient de discerner quatre catégories de vaccins autorisés.

La première relève de l’ARN messager. En effet, il y a là le cas des vaccins Pfizer-BioNTech, Moderna ou CureVac, nécessitant une conservation au froid et une double injection espacée de 21 à 28 jours. L'ARN messager code pour la fabrication de la protéine Spike (protéine S), celle qui permet au SARS-CoV2 d'entrer et d'infecter les cellules. Une fois injecté vaccinalement, l’ARN messager, enveloppé d'une couche de nanoparticules lipidiques protectrices garantissant la sécurité de l’opération, est en mesure de reproduire la protéine S. C’est ainsi que l’organisme est en capacité de produire, après injection, la protéine S qui permet à l'organisme vacciné de développer des anticorps anti-protéine S. La potentialité d’une contamination au coronavirus est ainsi systématiquement évacuée par les anticorps qui vont interagir avec la protéine S. Enfin, après lecture par les ribosomes et synthèse de la protéine S, cet ARNm se voit sujet à destruction et à élimination. Une prouesse scientifique.

En outre, le vaccin peut se faire par vecteur viral recombinant. Il est alors question d’adénovirus recombinants rendus inoffensifs, dans lesquels se voit inséré un morceau de code génétique du Covid-19. Nous pourrions citer les vaccins Astra Zeneca-Oxford, Johnson et Johnson ou Spoutnik, à leurs divers niveaux d’avancement.

Également, la vaccination peut émaner d’une substance incorporant un virus inactivé : le CoronaVac, émané du laboratoire chinois Sinovac, affiche ainsi 91% d’efficacité et dispose de l’avantage non négligeable de s'avérer vingt fois moins onéreux que les autres vaccins.

Enfin, il existe des vaccins sous unitaire à protéine recombinante, tel que le vaccin Sanofi-GSK, où une protéine S serait injectée avec adjuvant.

Ces vaccins sont-ils dangereux ?

La récente suspension temporaire de la vaccination par Astra Zeneca ne manque de laisser poindre un certain nombre de questionnements quant aux dangers éventuellement induits par ces vaccins.

S’il convient de nuancer la prégnance de tels phénomènes sur la population d’ensemble, les vaccins sont susceptibles, notamment une fois la seconde dose injectée, de générer quelques rougeurs ou douleurs au niveau du point d’injection, d’induire maux de tête, fièvre, voire frissons. Sur l’ensemble de la population mondiale soumise à la vaccination, c’est à dire sur un ensemble vastement hétérogène de plusieurs dizaines de millions de personnes, seuls quatre cas de paralysie faciale régressive ont été constatés, au même titre que deux cas de réactions allergiques importantes, chez des personnes déjà sujettes à des allergies graves. Quant à AstraZeneca, 30 cas de thrombose ont effectivement été constatés sur une population de 5 millions de personnes, toutefois cette évocation n’est en rien dangereuse: les cas de thrombose sont approximativement équivalents sur une même population demeurée éloignée de toute vaccination, et plus de la moitié des cas ne présentent aucune certitude quant à la responsabilité du virus dans leur survenue.

Ces phénomènes sont souvent liés à de mauvaises utilisations du vaccin. Toute vaccination requiert effectivement un certain nombre de prérequis, auxquels il est systématiquement question de fournir des réponses positives.

Les recommandations de la Haute Autorité de Santé tendent ainsi, pour les personnes présentant des antécédents d’allergies graves de type anaphylactique, à faire adopter un comportement prudent. L’évitement du vaccin dans l’attente de données complémentaires est ainsi préconisé. Les réactions allergiques ne relevant a contrario pas de l'anaphylaxie, telles que les allergies aux animaux de compagnie, au venin, au pollen, au latex ou aux autres médicaments, ne constituent quant à elles aucune contre-indication à la vaccination, toutefois l'administration du vaccin doit s’effectuer au sein d’un établissement de santé capable de gérer, par précaution, une réaction d'hypersensibilité immédiate grave. Les personnes vaccinées, dans tous les cas, doivent être observées pendant 15 minutes, au sein du centre de vaccination ou du lieu d’injection. Si la première dose donne lieu à une réaction anaphylactique, la seconde se voit, par précaution, contre-indiquée.

Sont-ils efficaces ?

Une fois évacuées les craintes, précisées les contre-indications, évoqués les risques induits par d’éventuels mauvais traitements, la question de l’efficacité de ces vaccins se pose. À défaut d'être dangereuses, ces substances sont-elles pleinement efficientes face au virus? Cette question semble requérir une réponse consacrant l’inhérence de la fierté à l’humilité.

Fierté, d’abord. Sur les trois vaccins les plus avancés sur notre territoire que sont respectivement Pfizer-BioNTech, Moderna et Astra Zeneca, le risque d’infection par le coronavirus enregistre une diminution particulièrement conséquente de 90%. Si l’on préfère des données concrètes, elles sont toutes aussi rassurantes! Pour Pfizer-BioNTech,

les résultats ont porté sur 170 cas de Covid-19 symptomatiques, et seulement 8 d’entre-eux sont survenus dans le groupe des volontaires

vaccinés, contre 162 cas dans le groupe placebo. Le constat est quelque peu similaire pour le vaccin Moderna, qui n’enregistre, sur les 196 cas de Covid-19 symptomatiques soumis à son étude, que 11 cas émanés du groupe des volontaires vaccinés, contre 185 cas du groupe placebo. Bémol, toutefois, pour Astra Zeneca : un sous-groupe a reçu par erreur une demi-dose suivie d'une dose complète, avec pour résultat 90 % d'efficacité, contre seulement 62 % pour ceux ayant reçu les 2 doses complètes traditionnellement injectées. Des réanalyses demeurent en cours...

Humilité, aussi. Parce que, nous l’avons vu, la vaccination par Astra Zeneca, sujette à tensions, ne peut prétendre à la consensualité, parce que, aussi, nombre de questions demeurent irrésolues, affichant les limites de la science dès lors qu’il s’agit de fournir une interprétation exhaustive et immédiate à un phénomène profondément nouveau dont aucune prémisse n’avait affleuré jusque dans les seringues des laboratoires. Aucun consensus scientifique ne fédère le monde médical sur la durée de protection obtenue par les vaccins, sur la nécessité d'une vaccination annuelle ainsi que sur l’efficacité du vaccin parmi des populations vulnérables non incluses dans les essais, en particulier les personnes immunodéprimées, très jeunes ou très âgées. Face à la question épineuse des variants, des souches mutées à mortalité accentuée, les vaccins demeurent-ils susceptibles de contrer toutes les formes graves de Covid-19, celles induisant la mortalité de la pandémie? Aucune information consensuelle, non plus, sur la potentialité du portage muqueux du virus chez les personnes vaccinées, ainsi que sur l’éventuel risque de transmission dont nous pourrions en ce cas craindre, en toute légitimité, les conséquences. Enfin, certaines informations, au premier rang desquelles la mise en œuvre d’un passeport sanitaire, demeurent densément floues tant leur appartenance au politique les fait sujettes à un ensemble de facteurs exogènes à la stricte rationalité sanitaire.

Expliquer la défiance

Si l’on s’en fie aux derniers chiffres exposés dans les médias, le scepticisme envers la vaccination, bien que légèrement décroissant comparativement aux premières estimations, demeure d’une grande prégnance. Notre pays est ainsi celui d’Europe où le taux d’attrait pour le vaccin est le moindre. Hors de nos frontières supra-communautaires, d’ailleurs, la croyance en la vaccination s’enracine autour de standards particulièrement élevés: 95% des indiens se sont prononcés en faveur de la vaccination, contre près de la moitié, seulement, de notre population. Dans le pays de Pasteur, de l’apologie de la raison et de la croyance en la science, comment expliquer cette tendance?

Le déficit d’enthousiasme de notre population peut s’expliquer par le niveau de développement du pays dans lequel nous vivons, qui a fait de l’éradication des maladies infectieuses une de ses priorités, un des moyens pour les entités étatiques, aussi, d’asseoir leur autorité. Au choléra ou à la grippe espagnole ont ainsi succédé de vastes projets d’urbanisme et d’assainissement visant à juguler les risques d’une éventuelle pandémie. Si nous pouvons nous sentir fiers, chaque jour, de vivre dans un pays où ces dispositifs existent, force est de constater que nous en avons perdu la culture de la protection. Alors que la vaccination protège grandement des virus, nombreux sont les “vaccinosceptiques”, qui prétendent l’inutilité du vaccin au regard du nombre de morts par épidémie, et ce sans considérer le rôle du vaccin dans la jugulation du bilan humain! Ce scepticisme, qui dépasse par l’ardeur les doutes légitimement formulés par la maïeutique collective, mais se caractérise par sa marginalité, demeure majoritairement émané de sphères nourrissant une certaine connivence d’esprit avec le complotisme digital. Cette méfiance s’ancre tout autant dans un refus des justifications fournies par l’industrie pharmaceutique que dans un cadre plus général qui viendrait nier l’ensemble du rassurement apporté par le gouvernement ainsi que par certains professionnels de santé. Il convient toutefois de souligner que l’adhésion du corps médical, bien que très majoritaire, n’est pas unanime, ce qui pose un certain nombre de questions quant à l’état d’esprit de la population, tant il tend à se voir conditionné par l’avis du médecin ou l’infirmier, demeurés figures d’autorité en la matière.

Cette méfiance s’inscrit dans une dynamique protestataire inscrite sur un temps long. Nombreuses furent ainsi les polémiques. Essentiellement composé d’aluminium, l’adjuvant inclus dans les vaccins DTP, hépatite B ou papillomavirus n’a par exemple cessé de donner lieu à des considérations systématiquement réticentes, sans doute justifiées par les craintes de lésions musculaires durables, inégalement fondées, qui l’accompagnaient d’une épidémie potentielle l’autre. Là où la vaccination ROR s’est vue accusée d’induire certaines formes d’autisme, malgré toute absence de corroboration de cette corrélation par des réalités scientifiques, quelques cas de sclérose en plaques rapprochés de la vaccination contre l’hépatite B ont pu être établis. Là aussi, ce lien demeure erroné tant les cas furent sporadiques, ne révélant ni tendance à grande échelle, ni surreprésentation de la maladie par rapport à une population équivalente non vaccinée. La tentative de jugulation du papillomavirus par injection a aussi laissé planer, aux yeux de certains, les mêmes risques de sclérose en plaques et, si cette considération-ci demeure dénuée de tout raisonnement statistique ou scientifique, les doutes demeurent sur la potentialité du déclenchement de maladies inflammatoires intestinales ainsi que sur celle du syndrome de Guillain-Barré. La vaccination contre la grippe H1N1, lancée à grande échelle en 2010, s’est également soldée par un échec cuisant, tant la réticence de la population, craignant de potentiels risques narcoleptiques, fut grande.

La campagne de vaccination contre le Covid-19 sous-tend donc un certain nombre d’enjeux cruciaux, revêtant une dimension éminemment sanitaire, bien évidemment, mais aussi résolument politique, assurément psychologique. En se fiant à la défiance d’une partie de notre population, c’est bien là une France qui se dresse, se dessine devant nos yeux et nous assure de faire rentrer, pour une raison supplémentaire, ces temps si particuliers dans les pages les plus décisives de nos livres d’histoire - peut-être seront-elles enfouies par le temps qui passe, écrasées sur le flanc de la vie qui reprend son court, ou peut-être seront-elles glorifiées par le mysticisme du temps révolu, vivantes, immortelles, à la hauteur de l’idéalisme du souvenir.

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